Thierry PORTAL mène des travaux de recherche en relation avec de nombreux chercheurs et praticiens francophones ou étrangers reconnus sur les phénomènes de crise, de communication sensible, de décèlement des signaux faibles…

  • Projet : Cassandre

    L’actualité de ces dernières années démontre que les grandes crises, annonciatrices de ruptures, deviennent difficiles à comprendre, encore plus à prévoir. L’incertitude et l’ambiguïté croissantes qui entourent l’occurrence des crises attisent, pour le meilleur et parfois le pire, de formidables efforts prospectivistes et prévisionnistes en quête de précurseurs. Cette tendance à lire l’avenir dans tous les domaines de notre société est si grande qu’il nous semble aujourd’hui urgent d’en interroger les fondements, les motifs, les limites et les applications.

    Or, il existe en sciences sociales une idée séduisante selon laquelle l’avenir sèmerait dans le présent des indices de son avènement. Appelés signaux faibles, signaux avant-coureurs ou précurseurs, ces indices contiendraient des fragments du futur qui, proprement décodés, permettraient de capter l’essence des changements qu’ils annoncent.

    Cette idée est particulièrement prégnante dans le domaine de l’étude des crises et des catastrophes. Autant ces phénomènes ont été longtemps perçus comme des actes divins (Act of God) devant lesquels on ne pouvait que s’incliner en dépit des injustices qu’ils pouvaient semer, autant l’approche par les signaux faibles indique une reprise de pouvoir de la raison sur ces événements. Non seulement, nous savons que les crises n’ont pas d’origine métaphysique mais la science nous fournit aujourd’hui des concepts et des outils aptes à en retracer les principales sources. Pour en mieux expliquer les causes…

    Ainsi, les progrès réalisés dans le domaine des risques et des crises ont fourni des télescopes puissants permettant de sonder les racines de ce que les spécialistes appellent nos ‘grandes ruptures’. Même les catastrophes naturelles n’ont plus grand chose de naturel, tant on commence à mesurer l’impact de l’homme sur son environnement, déséquilibrant alors des systèmes écologiques entiers et entraînant des perturbations climatiques majeures, potentiellement destructrices. Tout comme les physiciens avancent plus près des origines de l’univers grâce à des lentilles télescopiques perfectionnées, les analystes de la crise cherchent aussi à détecter les origines d’une crise de plus en plus tôt, là où tout aurait commencé. Cette idée fait écho à plusieurs travaux et réflexions autour de la notion de crise dans le champ de la gestion des entreprises, de la prospective, de l’histoire, de la psychologie individuelle et sociale, de l’économie et de la philosophie. Les sciences physiques et de la terre ont elles aussi interrogé cette notion, le terme signal faible ayant d’ailleurs été formé par elles pour décrire des informations précoces, incertaines, difficilement vérifiables sur lesquelles le jugement critique est difficile à porter. Or, à bien analyser ces contributions, elles s’accordent sur l’existence d’un horizon temporel étendu de la crise qui présume, au-delà de ses manifestations aigues telle que nous les connaissons, une série d’indices préalables formant l’antichambre de la rupture. Ainsi, les signaux faibles procèdent-ils de cette tentative d’exploration des origines pour saisir, dans le présent, les traces des crises à venir.

    L’idée du projet CASSANDRE est de croiser les savoirs, les expériences, les disciplines sur des problématiques communes, relatives au ‘pensé’ des crises. A travers la notion de ‘signaux faibles’, annonciateurs des crises à venir, les deux co-auteurs ont choisi d’ouvrir savoirs et pratiques vers un large public. Si les questions posées restent d’une étonnante simplicité, les ébauches de réponse apparaissent d’emblée particulièrement complexes. Existe-il réellement des signes annonciateurs comme le prétendent experts ou médias après que les crises aient surgi ? Quand bien même ces signaux existeraient, comment peut-on les déceler et les reconnaître ? Comment savoir s’ils annoncent une crise ou s’il ne s’agit que d’une projection irraisonnée de nos peurs ? Quel sort les sociétés et les organisations réservent-elles aujourd’hui aux Cassandre(s) ? L’idée d’être en mesure de prévoir une crise au travers de signaux faibles a-t-il un sens ? Cette idée est-elle seulement souhaitable ? Quelles sont les limites de la prévision ? Comment intégrer les signaux faibles dans le management des organisations ? Quels domaines de la connaissance humaine sont concernés ? Autant de questions essentielles dans un monde incertain où l’idée de signal faible semble devenir une préoccupation centrale… De fait, ce projet original a pour objet de comprendre les enjeux épistémologiques, philosophiques, méthodologiques et opérationnels de l’idée même de signal faible.

    Il est constitué d’une bonne trentaine de contributions qui, par la qualité de leurs auteurs, donnent une vision élargie des enjeux de la prévision des crises et doivent contribuer à renouveler la nature même des réflexions la concernant. De nombreuses et hautes personnalités francophones et internationales, issues de la vie politique, économique et sociale ainsi que de la recherche sont associées à ce projet, unique en son genre par son angle d’approche et par son ouverture sur des expériences qui font sens, produites par des hommes et des femmes de raison qui portent un regard critique sur leur savoir et leurs pratiques *.

    Ce livre propose donc un espace d’expression interdisciplinaire en sciences humaines, sociales et politiques (voire au-delà) sur un sujet s’adressant à un large public. Car, dans une époque où le terme ‘Crise’, utilisé à outrance, participe au désenchantement du monde, traiter des signaux faibles revient à donner aux lecteurs des clefs pour comprendre les trajectoires collectives et individuelles.

    *Contributeurs du projet Cassandre : Michel AGLIETTA ; René AMALBERTI ; Alain BAUER ; Dominique BOURG (Sui.) ; Gérald BRONNER ; Elie COHEN ; Louis CROCQ ; Erik DECAMP ; Claude GILBERT ; Didier HOUSSIN ; Tuomo KUOSA (Finl.) ; Humbert et Nicolas LESCA ; Corinne LEPAGE ; Patrick LAGADEC ; Pierre PAPON ; Gérard PARDINI ; Roberto POLI (It.) ; Georges A. MARTIN (USA) ; Alexandre RAYNE ; Rémy RIEFFEL ; Bertrand ROBERT ; Jean ROHMER ; Pierre ROSSEL (Sui.) ; Michel SETBON ; Nassim Nicholas TALEB (Usa) ; Aurore VAN DE WINKEL (Bel.) ; Karl WEICK (Usa) ; Françoise WEBER et Jean Claude DESENCLOS ; Pierre ZEMOR.

  • Projet : Crises et facteur humain

    En 2009 (novembre), il dirigeait « Crises et facteur humain : les nouvelles frontières mentales des crises », paru chez De Boeck Supérieur, seul éditeur francophone (avec comité de lecture) qui propose une collection dédiée à la crise (Crisis Professionnels).

    Au travers d’une série d’entretiens menés en 2008/2009 auprès de spécialistes reconnus des risques et des crises*, le propos de ‘Crises et facteur humain’ est d’illustrer l’importance du psychologique dans le déclenchement, la gestion, la sortie des situations incertaines et leurs enseignements. Le parti pris est ici d’approcher l’idée de crise de façon transversale en recoupant divers champs d’étude, eux-mêmes articulés autour des seules dimensions psychologique et humaine. Sorte d’approche modeste des savoirs en la matière, cet ouvrage de vulgarisation propose autant un panorama des recherches fondamentales et appliquées actuelles qu’un aperçu des problématiques émergentes et des nouvelles pratiques professionnelles.

    Vingt deux experts ont participé à cet ouvrage*, dirigé par l’auteur. Tous sont issus de l’univers de la recherche et/ou du monde du conseil. Auteurs chez les meilleurs éditeurs francophones, tous sont reconnus pour l’originalité et la richesse de leur approche professionnelle, à l’échelle nationale ou internationale. Chacun d’entre eux aborde le thème du facteur humain avec ses spécificités, qu’il s’agisse d’histoire, de sociologie des organisations, de sciences cognitives et d’ergonomie cognitive, de finance comportementale et d’économie, de sciences du comportement et de neurologie, de pratiques d’activités extrêmes, de psychologie individuelle ou collective, de psychologie sociale clinique, de psychiatrie, de criminologie et de communication inter personnelle, de philosophie, de management et d’organisation, de sciences politiques.

    Cet ouvrage a été préfacé par Patrick Lagadec, Directeur de recherche à l’école Polytechnique (X) et praticien reconnu à l’échelle internationale dans le domaine de la gestion des crises et des ruptures.

     

    * Jacqueline Barus Michel, Laurent Combalbert, Louis Crocq, Erik Decamp, Marie Claude Dentan, Jacques Fradin, Christophe Gadea, Claude Gilbert, Claude Hansen, Bruno Jeanbart, Thami Kabbaj, Patrick Lagadec, Patrick Legeron, Christian Morel, Daniel Parrochia, Emmanuel Portier, Luc Quintyn, Sanjy Ramboatiana, Bertrand Robert, Christophe Roux Dufort, Etienne Vermeiren, François Walter.

    Document de présentation de l’Observatoire International des Crises